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Dernière mise à jour : le 25/01/2021 à 18:04

Observatoire permanent des catastrophes naturelles et des risques naturels

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Un méga-tsunami menace une région d’Alaska. C’est ce que révèle une équipe du Byrd Polar and Climate Research Center de l’Ohio State University dans une étude récemment publiée dans les Geophysical Research Letters, qui a analysé des images satellitaires sur la période 1999-2020.

Le recul des glaciers en cours dans l’immense majorité des régions polaires et montagneuses du monde peut revêtir des conséquences inattendues. Lorsque qu’un glacier retraite vers l’amont d’une vallée, les versants, jusqu’alors soutenus par la masse de glace, sont fragilisés et susceptibles de subir des mouvements de terrain de grande ampleur. Les premiers signes annonciateurs apparaissent sous la forme d’une cicatrice de décrochement en haut de versant et un lent mouvement descendant du sol. Un événement déclencheur, tel un séisme, des pluies diluviennes, le dégel du pergélisol ou la fonte rapide du couvert de neige peut ensuite causer la rupture complète du terrain. La masse de roche et de sédiment peut finalement glisser dans un fjord et engendrer un tsunami gigantesque. Ces mouvements de terrain ont déjà déclenché des catastrophes : en 1958, une rupture de versant dans la baie Lituya (Alaska) avait créé un vague gigantesque de 500 m de haut et fait deux victimes ; plus récemment, le 17 juin 2017, un glissement de terrain sur le versant du fjord de Karrat au Groenland a été à l’origine d’un tsunami qui a dévasté Nuugaatsiaq. Ce petit village côtier, situé à 32 km de là, a été submergé sous des vagues de 10 m de haut qui ont ôté la vie à 4 personnes.

Grâce à l’analyse d’images satellites (modèle numérique d’élévation, images optiques et radar interférométrique), Chunli Dai et son équipe ont mis en évidence le lent mouvement descendant d’une partie d’un versant du fjord de Barry Arm dans la Baie du Prince William, sur la côte du sud de l’Alaska. Bien qu’un glissement de terrain y ait été repéré par un habitant à l’été 2019, le décrochement n’est pas récent puisqu’il est déjà visible sur une photographie aérienne de 1957. Cependant, en corrélation avec l’amincissement et le recul rapide du glacier Barry qui occupe l’amont de la vallée, les images ont révélé que la vitesse du glissement s’est accélérée entre 2010 et 2017 (déplacement horizontal de 120 m sur la période). Cette accélération est le signe précurseur d’une rupture du versant.

Dans le scénario le plus pessimiste où la totalité de la masse d’ores-et-déjà en mouvement viendrait à rompre, c’est près d’un demi-milliard de m3 de roches et de sédiments (soit un volume 8 fois supérieur à celui du fjord de Karrat du 17 juin 2017) qui pourraient glisser dans les eaux du fjord de Barry Arm. Ce cataclysme en engendrerait un second, en déclenchant un tsunami, dont les plus hautes vagues, selon le modèle utilisé, atteindraient 300 m de hauteur pour des vitesses comprises entre 25 et 40 m/s. Un tel évènement serait évidemment dévastateur pour les habitants des villages de la baie du Prince William par ailleurs prisée des touristes, des pêcheurs et des croisiéristes.

En outre d’importants volumes de pétrole provenant de l’échouage de l’Exxon Valdez en 1989 se trouvent toujours emprisonnés dans les sédiments non consolidés situés dans la zone d'impact du tsunami. Leur érosion par la catastrophe pourrait relâcher ce pétrole dans l’environnement.

L’accélération de la fonte des glaciers favorisée par le réchauffement climatique pose donc la question de l’évaluation de ce risque jusqu’alors peu considéré, notamment parce qu’il touche des régions faiblement peuplées. Il devient désormais urgent de détecter les zones où de tels évènements peuvent avoir lieu avant même qu’ils ne se produisent. Jusqu’ici et malgré ce risque, la plupart des glissements de terrain périglaciaires n'ont été détectés qu'après l'événement.

Même si les géophysiciens ne sont pas encore capables de prédire précisément quand se produira ce tsunami périglaciaire, ils montrent qu’il est aujourd’hui possible de déterminer les zones de risque. Un nouvel outil précieux dans la gestion des risques associés aux changements climatiques.

 

Source : La Recherche

 

 

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